Serie A

L’Italie a un plan XXL pour révolutionner sa Serie A mourante

Après le traumatisme de la troisième Coupe du monde manquée, le football italien lance un vaste plan de reconstruction. Gouvernance, formation et réformes économiques, la Serie A se prépare à une révolution pour relancer tout le système.

Par Valentin Feuillette
4 min.

Le football italien s’est réveillé groggy, mais déterminé à se relever. L’élimination face à la Bosnie a plongé l’Italie dans un nouveau traumatisme en la privant d’une troisième participation consécutive à la Coupe du Monde. Une humiliation historique pour une nation quadruple championne du monde qui a immédiatement déclenché un séisme institutionnel. Le président de la Fédération italienne, Gabriele Gravina, a quitté ses fonctions dans la foulée, rapidement suivi par le sélectionneur Gennaro Gattuso et par le chef de délégation Gianluigi Buffon. L’heure est désormais à la reconstruction et les regards se tournent vers l’élection présidentielle prévue le 22 juin. Plusieurs figures se positionnent déjà pour incarner le renouveau, au premier rang desquelles Giovanni Malagò, grand favori soutenu par une partie des clubs. D’autres imaginent une solution plus symbolique avec une ancienne icône du jeu, comme Paolo Maldini ou Alessandro Del Piero, afin de reconnecter la fédération avec l’ADN historique du calcio.

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Mais la reconstruction du football italien ne se jouera pas seulement dans les bureaux de la fédération ou sur le banc de la Nazionale. Elle passera aussi par une transformation profonde de la Serie A qui peine aujourd’hui à rajeunir son football, que ce soit tactiquement, techniquement, voire même médiatiquement. Malgré des résultats plus que positifs en Ligue des Champions, en Ligue Europa et en Ligue Europa Conference ces dernières années, le championnat italien reste critiqué pour son manque d’attractivité et son incapacité à produire de nouveaux talents offensifs capables de rivaliser avec les phénomènes mondiaux. Les comparaisons avec les nouvelles stars du football européen sont devenues récurrentes. L’Italie n’a pas de Kylian Mbappé ou de Lamine Yamal et cette absence symbolise un problème structurel plus profond, surtout que les sélections jeunes carburent bien aux Euro et Coupe du Monde. Anciens joueurs, entraîneurs et responsables politiques multiplient les analyses et les appels à la réforme pour sauver un football à la dérive. Tous partagent le même constat. Le système italien s’est progressivement enfermé dans des habitudes qui freinent la formation des jeunes talents et favorisent une dépendance croissante envers les joueurs étrangers.

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Enfin une place laissée aux jeunes ?

Les chiffres illustrent cette transformation spectaculaire, et la Gazzetta dello Sport en tire un bilan criant ce mardi matin. La part des joueurs étrangers en Serie A n’a cessé d’augmenter ces dernières années, passant de 55,2 % lors de la saison 2017-2018 à près de 69,1 % en 2025-2026. Seule la Premier League fait davantage avec 75,4 %, tandis que la Liga portugaise atteint 73,8 % dans un rôle assumé de championnat formateur et exportateur. Derrière l’Italie, la Ligue 1 plafonne à 64,9 %, la Bundesliga à 61,4 % et la La Liga reste bien plus attachée à ses joueurs nationaux avec seulement 43,4 %. Cette tendance s’observe même dans les équipes réserves. Les secondes équipes de clubs comme l’Inter Milan, l’Atalanta ou la Juventus utilisent déjà une proportion importante de joueurs étrangers dans les divisions inférieures, signe que le phénomène s’étend à toute la pyramide du football italien. Derrière cette évolution se cache un problème administratif rarement évoqué hors d’Italie. Le système de compensation financière imposé par la fédération rend les transferts entre clubs italiens beaucoup plus complexes et coûteux que les opérations avec des clubs étrangers. Résultat, les dirigeants privilégient souvent le marché international au détriment du développement du talent local. Face à ce constat, une véritable révolution est désormais à l’étude.

Le président de la Lega Serie A, Ezio Maria Simonelli, milite pour réformer en profondeur ce mécanisme afin de relancer le marché domestique. L’idée consiste à simplifier les garanties financières exigées pour les transferts entre clubs italiens ou à créer un système de garantie soutenu par l’État, possiblement via l’Institut pour le crédit sportif et culturel. Le projet est discuté avec le ministre des Sports, Andrea Abodi, et pourrait s’accompagner d’incitations fiscales destinées aux clubs qui développent des joueurs susceptibles d’intégrer la sélection nationale. Derrière ces réformes économiques se cache un objectif stratégique plus large. L’élite du football entend demander au gouvernement des allégements fiscaux, des aides publiques pour investir dans les infrastructures sportives, et l’unité pour contester la règle de l’UE qui interdit de recruter des joueurs de moins de 16 ans. L’élaboration d’une politique de soutien au développement des jeunes est en effet primordiale. Une Italie compétitive sur la scène internationale profiterait aussi aux clubs en valorisant leurs joueurs et en renforçant l’image globale du championnat. Dans ce marasme collectif où de nombreuses équipes appartiennent désormais à des investisseurs étrangers, les dirigeants du calcio savent que l’équation est simple. Réformer la Serie A est devenu indispensable pour redonner un avenir au football italien et offrir à la Nazionale les talents dont elle a cruellement manqué ces dernières années.

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